Liliana SalaverryArchitecte · Santé urbaine

HABITARSE

L'espace n'est pas seulement habité. Il participe aussi à la manière dont nous prêtons attention, percevons et nous rapportons à notre expérience.

Cette relation n'est ni automatique ni identique pour tout le monde. Ce qu'un lieu permet dépend de ses conditions physiques, sociales et environnementales, mais aussi de l'existence d'occasions réelles de reconnaître ses qualités et ses limites, de remarquer comment elles participent à notre expérience et de choisir comment nous nous rapportons au lieu.

Habitarse étudie comment l'espace public peut élargir ces occasions. Pour cela, le projet crée et évalue de petites interventions liées à des lieux précis —questions, signaux, parcours ou invitations sensorielles— qui invitent d'abord à s'arrêter, à observer ou à écouter une qualité du lieu puis, à partir de cette attention, à reconnaître comment nous en faisons l'expérience, à contempler et à réfléchir.

C'est un projet-plateforme indépendant de recherche, de représentation et de conception, à vocation transdisciplinaire. Il s'appuie sur des connaissances issues de la santé publique, de la psychologie environnementale et de la recherche sur les relations entre l'environnement, l'attention et la récupération du stress ou de la fatigue mentale, et s'aligne sur le cadre général de promotion de la santé de l'OMS. Il intègre ces connaissances dans des expériences urbaines concrètes, accessibles et évaluables, conçues pour produire de nouvelles données urbaines.

Preuves existantes · application urbaine nouvelle · évaluation rigoureuse

Une question urbaine

La ville comme espace de pratique

La recherche urbaine a largement étudié comment les environnements peuvent favoriser ou nuire à la santé, à l'activité physique, au stress, à l'attention, à l'interaction sociale et à la restauration perçue —l'évaluation subjective de la mesure dans laquelle une expérience aide à récupérer de la fatigue mentale ou de la tension—. Habitarse ouvre une question complémentaire :

La ville peut-elle cesser d'être uniquement un ensemble de conditions qui agissent sur nous et devenir aussi un lieu où nous apprenons à reconnaître et à interpréter ces conditions, à remarquer comment elles participent à notre expérience et à choisir comment nous nous y rapportons ?

Ce regard permet de penser rues, places, parcs, parcours et équipements non seulement comme des infrastructures physiques, mais aussi comme des supports quotidiens pour exercer des capacités liées à l'attention, à la perception, à l'autorégulation et à la réflexion.

Mais que signifie exactement exercer ces capacités en relation avec un lieu ?

Champs de pratique

Des capacités pour mieux habiter

Habitarse commence par quatre capacités liées entre elles, traversées par la conscience corporelle et la contemplation. Ce n'est pas une sélection arbitraire : elles s'appuient sur des champs de recherche consolidés, même si leur relation spécifique avec la conception urbaine reste à étudier.

Habitarse n'étudie pas ces capacités comme des compétences personnelles séparées de l'environnement. Nous prêtons attention, percevons, nous autorégulons, contemplons et réfléchissons toujours en relation avec notre situation et avec des conditions physiques, sociales et environnementales précises.

L'espace ne crée pas ces capacités et ne garantit pas leur développement, mais il peut faciliter ou entraver leur activation et leur exercice. Habitarse étudie comment la conception de l'espace public et les expériences liées à chaque lieu peuvent élargir ces occasions quotidiennes, et ce que cette connaissance peut apporter à la conception urbaine.

Ces capacités n'agissent pas séparément et n'épuisent pas tout ce que signifie mieux habiter. Habitarse les étudie parce qu'elles peuvent contribuer à une relation plus consciente avec sa propre expérience et avec l'environnement, et parce que leur exercice peut apporter des connaissances utiles à la conception urbaine.

01

Attention

Orienter, soutenir et réorienter délibérément l'attention vers des aspects de l'environnement ou de notre propre expérience.

02

Conscience perceptive

Remarquer et distinguer des qualités de l'environnement —lumière, son, texture, température, profondeur, mouvement ou rythme— qui restent habituellement à l'arrière-plan.

03

Autorégulation quotidienne

Reconnaître notre état et explorer comment nous y rapporter grâce à des ressources personnelles, sociales et environnementales. Il ne s'agit ni d'une régulation clinique ni d'un traitement.

04

Réflexion et métacognition

Observer comment nous prêtons attention, percevons, ressentons et choisissons, et nous demander ce qui a changé lorsque nous nous sommes arrêtés.

La conscience corporelle traverse ces capacités : la respiration, la posture, la tension, la température et le mouvement font aussi partie de notre expérience et de la manière dont nous interprétons l'espace.

La contemplation est une pratique intégratrice : demeurer de manière réceptive et non immédiatement instrumentale devant un lieu ou une expérience. Elle peut réunir attention, perception, conscience corporelle et réflexion sans se réduire à une seule capacité mesurable.

La pratique

Rendre l'attention au lieu

Habitarse traduit ses fondements en gestes simples. Une question peut inviter à observer une ombre ; un signal, à distinguer le son le plus lointain ; un parcours, à comparer comment notre expérience change d'un lieu à l'autre.

Ces petites interventions prennent sens parce qu'elles sont liées à ce qui peut être perçu dans ce lieu précis. Elles ne cherchent pas à retenir le regard comme le ferait un message publicitaire :

Elles ne captent que l'attention nécessaire pour la rendre au lieu.

Une expérience brève peut réorienter l'attention et changer quels aspects du lieu prennent de l'importance à ce moment-là. Dans sa forme la plus simple, la pratique propose une séquence : interrompre un instant le parcours automatique, orienter l'attention vers une qualité du lieu, l'observer et reconnaître ce qui a été perçu ou ce qui a changé dans l'expérience. Cela n'équivaut pas encore à développer une capacité durable. Parler d'apprentissage exige répétition, réflexion, suivi, moindre dépendance à l'intervention et transfert à d'autres contextes.

Observer, écouter, marcher ou s'arrêter permettent d'explorer le lieu. Documenter et comparer ces expériences aide à formuler des questions qui peuvent éclairer la conception urbaine.

Lorsque ces expériences sont documentées et comparées, les convergences et les différences peuvent rendre visibles différentes manières de percevoir et de vivre un lieu. Les relevés permettent de conserver les conditions, les observations et les interprétations sans transformer une expérience particulière en conclusion générale.

La lecture partagée ne cherche pas à produire une interprétation unique. Elle met en relation des expériences différentes afin de susciter des questions utiles pour comprendre et éclairer la conception urbaine.

L'expérience consciente de l'environnement ne remplace pas l'action urbaine, mais elle peut offrir de nouvelles façons de la comprendre et de l'éclairer.

Le lieu n'a pas à changer. En y ramenant l'attention, certains aspects peuvent devenir conscients et donner lieu à de nouvelles interprétations et lectures partagées.

Base et limites

Ce que les preuves permettent d'affirmer — et ce que Habitarse étudiera

Habitarse ne part pas de zéro. Nous savons que les conditions physiques, sociales et environnementales influencent la santé et l'expérience quotidienne. Nous savons aussi que certains environnements peuvent favoriser la restauration perçue, la réduction du stress et le bien-être, et qu'orienter délibérément l'attention peut changer quels aspects de l'environnement sont priorisés et prennent de l'importance dans l'expérience immédiate.

Ces antécédents étayent des composantes du projet, non son modèle complet. L'OMS soutient le cadre général de promotion de la santé, mais elle n'a pas évalué la méthode particulière de Habitarse ni sa sélection spécifique de capacités.

Cadre de promotion de la santé

La Charte d'Ottawa réunit trois axes indissociables pour Habitarse : créer des environnements favorables, développer les aptitudes personnelles et renforcer l'action communautaire. L'OMS relève également une relation positive entre espaces verts et bleus et santé mentale, même si ses effets varient selon les personnes et les contextes.

Antécédents du mécanisme

Il existe des antécédents expérimentaux du mécanisme initial : des consignes situées dans des jardins et des parcours urbains ont orienté l'attention vers des qualités naturelles et ont été associées à des améliorations immédiates du bien-être, de la restauration perçue ou de l'anxiété. Ces résultats appuient la question de recherche, mais ne démontrent pas encore le modèle complet.

01

Ce que nous savons déjà

Les environnements peuvent faciliter ou entraver certaines réponses, certains comportements et certaines occasions. L'attention peut être orientée et certaines expériences urbaines peuvent favoriser la restauration perçue et la réduction du stress.

02

Ce que Habitarse applique

Questions, signaux, parcours et expériences situées qui orientent l'attention vers des qualités concrètes d'un lieu, permettent de consigner comment elles sont vécues et peuvent se combiner avec la participation et l'évaluation.

03

Ce que Habitarse doit vérifier

Quelles interventions réorientent l'attention et modifient des composantes de l'expérience immédiate, pour qui, dans quels lieux et sous quelles conditions ; et si leur répétition peut favoriser des apprentissages moins dépendants des signaux et transférables à d'autres contextes.

Application initiale

Le premier pilote : attention et lecture partagée du lieu

Une question, un signal ou un stimulus situé dans un lieu peut-il changer ce à quoi une personne prête attention et la façon dont elle vit ce lieu à ce moment-là ?

Le Pilote 0 est conçu comme un laboratoire urbain lié à un territoire précis. Habitants, organisations locales et professionnels participeront à l'identification des qualités, des tensions et des opportunités du parcours, ainsi qu'à la conception initiale de petites interventions invitant à observer, écouter ou percevoir le lieu autrement.

L'étude pourra trouver des effets favorables, nuls ou défavorables. Elle ne prétend pas démontrer le développement de capacités durables ni une amélioration générale de la santé. Son objectif est de tester un mécanisme circonscrit, de comprendre dans quelles conditions il fonctionne et d'établir une base rigoureuse pour les pilotes suivants.

Le Pilote 0 cherche un territoire et une alliance entre acteurs locaux, universitaires et professionnels pour concevoir, mettre en œuvre et évaluer ce premier essai.

Phase actuelle : Habitarse met en place le territoire et les collaborations nécessaires pour développer le Pilote 0.

Horizon

Apprendre à mieux s'habiter

L'horizon de Habitarse est de contribuer à des villes qui, au-delà d'offrir de meilleures conditions de vie, élargissent les occasions quotidiennes de reconnaître les qualités des lieux et de remarquer comment nous en faisons l'expérience, par l'attention, la perception consciente, la contemplation et la réflexion.

Habitarse étudie si notre relation aux lieux peut se pratiquer, s'apprendre et devenir progressivement plus consciente ; si mieux comprendre cette relation nous permet aussi de reconnaître notre propre expérience ; et ce que cette connaissance peut apporter à la conception urbaine.

Concevoir des villes non seulement pour mieux vivre, mais aussi pour apprendre à mieux s'habiter.

Questions fréquentes

Questions courantes sur Habitarse

Habitarse est-il de la pleine conscience urbaine ?+

Non. Le projet peut partager avec certaines pratiques l'attention délibérée et l'observation de notre propre expérience, mais son objet est la relation située entre les personnes et les lieux. Il combine conception urbaine, participation et évaluation ; il n'offre pas une pratique clinique ni thérapeutique.

Que signifie apprendre à mieux s'habiter ?+

Cela signifie explorer si notre relation aux lieux peut se pratiquer et devenir progressivement plus consciente : reconnaître leurs qualités et leurs limites, remarquer comment elles participent à notre expérience et disposer de plus d'éléments pour choisir comment nous nous y rapportons. Cela ne suppose pas de s'adapter à des conditions nuisibles ni de faire porter aux personnes la responsabilité de les corriger.

Qu'est-ce qui est scientifiquement étayé et qu'est-ce que Habitarse étudiera ?+

Il existe des preuves sur la relation entre environnement, attention, restauration perçue et expérience, ainsi que des antécédents montrant qu'une indication brève peut orienter l'attention vers des qualités du lieu. Habitarse devra vérifier sa méthode particulière, ses interventions, ses effets immédiats et, dans des phases ultérieures, si la répétition peut favoriser des apprentissages moins dépendants des signaux et transférables à d'autres contextes.

Habitarse est-il une intervention thérapeutique ?+

Non. C'est une initiative de recherche et de conception urbaine. Elle ne diagnostique ni ne traite de problèmes de santé mentale.

Comment puis-je collaborer ?+

Le Pilote 0 cherche des territoires, des institutions, des universités, des collectifs et des professionnels intéressés par la co-conception et l'évaluation d'un premier essai situé.